Interview de Bouli Lanners pour Les Premiers Les Derniers

lespremierslesderniers04A l’occasion de la sortie en salles du film Les Premiers Les Derniers, le réalisateur et acteur Bouli Lanners a répondu à quelques-unes de nos questions.

D’où vient l’idée du film ?

Je voulais parler de ce sentiment de fin du monde qui est très présent aujourd’hui, de cette pensée pessimiste qui est présente partout dans le monde, avec quelque chose de nourri par l’actualité politique, par l’état de la planète, et qui fait qu’on commence à avoir peur et qu’on ne se réjouisse pas des 50 ans à venir. Aujourd’hui, on a peur de l’avenir. Je voulais parler de ça mais avec un message positif parce que pour moi, ce n’est pas la fin du monde, je crois toujours en l’homme.

Vous préparez le film depuis longtemps ? 

Pendant un an j’ai écrit en plantant, en essayant car je n’étais pas très en forme, l’écriture ne marchait pas. Puis d’un coup, tout s’est mis en place très rapidement, en 5 semaines ça a été écrit, et à partir de là, il faut compter deux ans pour en arriver à aujourd’hui.

C’était important pour vous de jouer dans le film ?

En fait, quand l’histoire est devenue ce qu’elle est, je me suis dit que je devais jouer le personnage de Gilou car il est très proche de moi. Par après, je suis vraiment devenu le personnage et c’était donc incontournable que je le fasse.

130403Acteur et réalisateur, difficile de gérer les deux ? 

Dans Eldorado, ça avait été assez facile de faire les deux car c’était un tournage léger, simple, avec un seul autre comédien. Ici, ça a été beaucoup plus compliqué de rentrer dans mon personnage. En face de moi, j’avais un casting de haut vol. Dans le plan de travail, j’ai commencé à tourner après 3 semaines, donc j’ai accumulé de la matière, je me disais même que je n’étais pas à la hauteur. Mais une fois que je suis rentré dedans, ça a été.

Comment s’est créé ce casting de haut vol ? 

Petit à petit. Il y a eu des coups de chance. Le fait d’avoir reporter le tournage a fait que Suzanne Clément était en France à ce moment là, je l’avais remarquée dans une interview où elle parlait sans accent québecquois. Philippe Rebbot, c’est un de mes potes, Serge Riaboukine et Lionel Abelanski aussi, donc je savais qu’ils allaient être dedans. Max Von Sydow et Michael Lonsdale sont arrivés à la toute fin, on leur a envoyé le scénario et ils ont rappelé, je les ai rencontré et ils m’ont dit qu’ils étaient partants.

Les Premiers, Les DerniersVous optez pour une esthétique très sombre, pourquoi ? 

Je voulais un film plus sombre, plus crépusculaire que mes précédents. C’est une vraie volonté de ma part, je voulais une belle esthétique de fin du monde, pas quelque chose de glauque. J’avais envie que ça se rapproche de la peinture. Il y a eu énormément de repérages qui se sont faits conjointement à l’écriture, je me suis rendu compte que la forme du western pouvait s’intégrer dans le film. Je voulais une idée d’image de crépuscule qui vient dès le début de la réflexion et puis un film dont on sait que la trajectoire doit l’amener vers la lumière.

C’est aussi une histoire d’amour ?

Oui, pour moi il y a une histoire d’amour à travers l’amitié de Gilou et Cochise, une histoire d’amour totale entre Esther et Willy et il y a aussi toutes ces relations de bienveillance entre les personnages. La bienveillance est une forme d’amour. C’est un film qui parle d’amour nécessaire, aujourd’hui on a besoin d’amour et c’est le moment de se le dire, de se l’exprimer dans une société générée par la peur.

les-premiers-les-derniersQue représente le couple Esther/Willy (David Murgia et Aurore Broutin) ?

Il représente la pureté que je fantasme de l’homme primitif. Mais quand je dis primitif, ce n’est pas mou, l’homo sapiens-sapiens, c’est l’homme moderne, il avait une pureté et Esther et Willy représentent ceux là, alors que nous (Gilou et Cochise), nous représentons les derniers. On parle de fin du monde, mais on est quand même pareil, il y a quelque chose qui nous relie, cette volonté de créer une structure familiale malgré tout.

D’où le titre « Les Premiers Les derniers »

Oui, pour moi il y a le coté humaniste du film, c’est le premiers, et le coté plus biblique, les derniers, référence à l’apocalypse.

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