Interview de Louise Bourgoin pour « Je suis un soldat »

A l’occasion de la sortie en salles de « Je suis un soldat », on a rencontré la charmante Louise Bourgoin qui nous parle du film.

283987k« Je suis un Soldat » a été présenté à Cannes, comment ça se passe depuis ? 

Jusqu’ici les retours sont très bons. Je suis très contente. J’espère que  tout se passera bien pour Laurent Larivière car il le mérite. Je sais à quel point un premier film est décisif pour pouvoir monter le second. C’est important de défendre les premiers films car ils sont moins exposés que les gros films. Nous sommes allés à Cannes, au Festival d’Angoulême , au FIFF de Namur, et j’étais à San Sebastian pour un autre film, « Les chevaliers Blancs » de Joachim Lafosse qui a d’ailleurs gagné le prix du meilleur réalisateur.

Le rôle a été écrit pour vous, y-at-il des similitudes avec vous? 

En fait, je n’ai pas de points communs réels avec ce personnage, c’est un type de personnalité. Je n’ai jamais habité à Roubaix et je n’ai jamais fait de trafic de chiens. C’est un peu difficile de parler de soi comme cela, enfin il faut aller voir le film pour comprendre. (rires)

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Comment vous êtes-vous retrouvée sur le film ? 

Laurent m’a donné le scénario en 2013 en me disant qu’il aimerait avoir mon avis sur son premier long métrage. Je l’ai lu tout de suite mais j’avais une appréhension car je me disais que si je n’aimais pas, c’était assez délicat car je ne savais pas comment le lui dire. Mais en fait j’ai vraiment adoré. Je lui ai dit que le rôle féminin était magnifique et que celle qui allait jouer ça aurait beaucoup de chance. Là il m’a dit : « ça tombe bien, je l’ai écrit pour toi ».

Qu’est-ce qui a vous plu dans ce personnage ? 

Tout d’abord, c’est qu’il n’est pas du tout stéréotypé, je veux dire qu’il y a une vraie cohérence de psychologie. C’est un personnage complexe, inédit, très original, qui pourrait être joué par un homme. C’est très intéressant parce que la féminité, la maternité et la séduction ne sont pas mises en avant. Tout me monde me dit que ça doit faire peur d’avoir un rôle écrit pour vous car il y a une grande responsabilité mais au contraire ça m’a rassurée. J’avais l’impression d’être avec quelqu’un de ma famille, j’ai eu la liberté de tout faire et j’avais le sentiment que tout était possible. Souvent on se met des barrières psychologiques en se disant pourquoi j’ai été choisi, pourquoi le réalisateur n’a pas choisi cette actrice plutôt que moi.

Vous vous sentiez donc en sécurité sur le plateau ? 

Oui exactement, Laurent a un regard très bienveillant à mon égard, j’ai eu l’impression que je pouvais tout faire.
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D’où vient le look du personnage ? 

De moi. Je pense qu’intuitivement j’ai senti que le rôle pouvait être joué par un homme ou par une femme, c’est à dire que j’ai tout de suite eu envie me couper les cheveux car les artifices féminins n’avaient pas leur place ici. C’est une femme qui est dans l’urgence, dans un état de précarité et il fallait qu’elle soit dans une praticité maximale même dans le costume.

Comment vous êtes-vous préparée pour le rôle ? 

Pendant un été j’ai travaillé concrètement avec Patrick Pittavino, un dresseur de chiens de cinéma. C’est un vrai pro, il a entre autre, dressé le chien d’Astérix.

Comment s’est passé votre rencontre avec Jean-Hugues Anglade ? 

j’ai été marquée par beaucoup de ses films : « L’homme blessé », « La Reine Margot ». C’est un très grand acteur. Je me suis sentie très privilégiée de le rencontrer et de profiter de ses conseils. Il était très calme, il impose une tranquillité sur le plateau et met en confiance. Parfois, il arrive de rencontrer des acteurs qui sont stressés, ils te communiquent leur stress et on a juste envie que ça passe. Lui, au contraire, il était très serein. J’ai beaucoup aimé l’ambiguïté qu’il avait apporté à son personnage, à la lecture c’était purement un salaud et il joue avec une sorte d’humanité et de bienveillance. Je trouve qu’il a y une ambivalence intéressante, il y a même quelque chose d’incestueux avec mon personnage, je ne saurai pas trop dire quoi mais il y a une sensualité.

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Vous jouez beaucoup de rôles dramatiques en ce moment.

C’est vrai qu’au début je ne faisais que des grosses comédies mais en fait, ca s’est fait progressivement. Après « La Religieuse » de Guillaume Nicloux, j’ai  commencé à recevoir des choses un peu différentes.

Un mot sur « Les chevaliers Bancs » qui sortira en janvier.

Je rêvais de tourner avec Joachim Lafosse. J’ai vu tous ces films. J’avais déjà lu le scénario avant qu’il ne me l’envoie. Ce que j’aime énormément chez lui, c’est qu’il a toujours la distance parfaite avec le sujet. Il n’impose pas son point de vue et c’est très intelligent. Ca doit désarçonner pas mal de spectateurs. C’est ce qui m’intéresse dans son cinéma. D’habitude dans les films, on dit aux spectateurs ce qu’il doivent penser mais pas ici.

Ce n’est pas votre première visite en Belgique.

Non, j’y suis déjà venue pour tourner le film de Rémi Bezançon « Un heureux événement ». Il a été tourné en Belgique car la loi est plus facile pour tout ce qui est des tournages avec des enfants. En France, on n’a pas le droit tourner plus de 4h avec les enfants dans une journée mais en Belgique c’est plus. On n’a également pas le droit de filmer un nouveau né en France. C’est pour ça que dans certains films français les accouchements sont parfois bizarres car le bébé a déjà un mois voire plus.

D’autres projets ?

J’ai tourné avec Lucas Belvaux pour la télévision. Nicole Garcia est Thérèse Desqueyroux et je joue sa fille qui lui demande des comptes. Ca passera l’année prochaine je pense. Je tourne également une comédie au printemps, Anna Novion réalise et mon partenaire de jeu sera Vincent Macaigne.

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Je suis un Soldat – sortie le 25 novembre 2015