Interview de Christian Carion pour « En mai fais ce qu’il te plait »

A l’occasion de la sortie du film « En mai fais ce qu’il te plait », le réalisateur Christian Carion, a accepté de répondre à quelques questions sur son dernier long métrage.

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D’où vient l’idée du film ? 

L’idée vient de ma mère. Je suis du Pas-de-Calais au nord de la France, et à l’époque de la 2ème guerre mondiale, les gens sont partis comme une trainée de poudre. Ma mère est partie et elle m’a toujours raconté son exode. Je trouvais cette histoire impressionnante et je m’étais toujours dit que ça serait l’objet d’un film. A un moment donné, j’ai pensé qu’il était temps de le faire.

Donc cela vous parle personnellement ?

Oui, enfin je n’ai pas fait l’exode mais à force d’avoir entendu cette histoire dans ma famille, c’est un peu devenu un bout de moi-même.

Comment prépare-t-on un film comme celui-ci ? 

J’avais les témoignages de ma mère et j’ai eu envie de vérifier. J’ai fait un appel aux gens du Pas-de-Calais pour qu’il viennent raconter leurs histoires pour que je puisse m’en inspirer. J’ai été noyé de lettres et d’enregistrements. C’est à ce moment-là que j’ai pu mesurer à quel point ma mère avait vécu un exode comme tout le monde. Cela a constitué un compartiment de vérité et de réalité très forte.

Vous vouliez tourner dans le Pas-de-Calais pour renforcer cette vérité ?

Oui, je voulais revenir là où ça s’était passé. Je voulais aussi avoir une figuration locale avec des gens qui connaissaient l’exode. Il y avait des gens très motivés, très concernés. Vu que c’est l’endroit où j’ai passé mon enfance, je connaissais chaque route, chaque chemin et chaque champs. Cela m’a beaucoup aidé.

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Christian Carion avec Mathilde Seigner sur le tournage du film.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Vous aviez un message à faire passer ? 

Vous savez, j’adore Alfred Hitchcock et je le cite toujours. Il disait : « Le cinéma n’est pas là pour délivrer des messages parce que c’est la poste qui doit le faire ». J’adore cette phrase. Le film ne délivre pas de messages, il raconte ce qu’il s’est passé en mai 1940. Par contre, il peut toucher, sensibiliser les gens par rapport à ce qui se passe aujourd’hui. L’actualité nous a rattrapé, quand on a démarré le film il y a 3 ans, on en était pas au stade actuel. Entre temps il y a eu une montée en puissance dans les Balkans, avec tous ces migrants syriens et irakiens. Quand je regarde ces images, je trouve qu’il y a énormément de points communs avec ce qu’ont vécus mes parents et grands-parents. Un énergie pour s’en sortir, une volonté farouche de quitter un pays en feu pour aller vers quelque chose de plus apaisé, quitte à en mourir. Je trouve cela très fort.

Premier rôle au cinéma pour Laurent Gerra, comment est-il arrivé sur le projet ?

Je vois souvent Laurent Gerra à Lyon vu que j’y habite. Je connais son amour du cinéma, il est très cinéphile. Je l’avais vu dans un téléfilm « L’escalier de fer » où il était très bien dans rôle principal pas drôle du tout. Je suis donc allé le voir en lui proposant le rôle et j’ai commencé à lui faire lire le scénario. Il est très attaché à l’histoire car son grand-père était soldat. Le contexte lui plaisait beaucoup. Je suis très fier de ce qu’il a fait dans le film

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Laurent Gerra sur le tournage du film.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ennio Moriconne a tout de suite accepté de composer la musique du film ?

Ennio est un mythe vivant, tout le monde est d’accord là-dessus, j’ai été élevé au cinéma avec sa musique. A vrai dire, lors du montage du film, l’idée de l’avoir comme compositeur était de plus en plus évidente donc on a osé le contacter. Il a demandé un résumé en italien qu’on lui a envoyé et ça lui a plu. Il a demandé à me voir et je lui ai montré le film qui était très avancé dans son montage. Il m’a reproché d’avoir travaillé comme cela car d’habitude, il rencontre le réalisateur, il lui raconte son film et ensuite il écrit sa musique. Il enregistre la musique en studio avant le tournage. Mais vu que ce n’était pas possible, il a accepté de changer sa façon de travailler pour moi. Je suis extrêmement fier.

Vous avez demandé à vos acteurs de se documenter ?

Alors il y a de tout, il y a des acteurs qui ne veulent pas du tout faire ça, Laurent Gerra était assez demandeur alors qu’August Diehl pas du tout. J’ai montré des films d’époque à la figuration et ça les a aidé. Mais pour moi toutes les méthodes sont les bonnes et ce qui compte c’est le résultat.

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Avec Olivier Gourmet sur le tournage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est important pour vous de montrer à quel point cette époque était cruelle ?

Ma mère m’a raconté des choses terribles et il n’était pas question d’occulter ça. J’ai essayé de faire monter ça en pression, c’est a dire qu’au début, les personnages ne veulent pas voir ce qui se passe, ils passent sur le chemin d’à coté, il se protègent de la réalité de la guerre mais après ils se font attaquer. C’est le coté crescendo qui m’intéressait. Je ne voulais pas du tout édulcorer les choses.

Comment va se passer l’après « En mai fais ce qu’il te plait » ? 

Je vais être honnête avec vous, j’ai besoin de tourner la page de ce film en douceur avant de passer à autre chose car c’était mon plus gros projet.